Les biographes spécialisés seront heureux de savoir que Cheikh Oumar SALL, dit El Hadj SALLest né à Thiès en 1987 et qu’il a suivi une formation en dessin et étude des couleurs auprès de la Galerie Masaï de Thiès en 2008 pour, ensuite, voler de ses propres ailes en exposant au Sénégal, en Mauritanie puis en France.

Evidemment, lorsque l’on regarde ses œuvres on hésite entre art naïf et caricature, bande dessinée et composition artistique, tant l’intention humoristique semble aller bien au-delà de la « naïveté », réelle ou supposée, de ces peintres accomplis qu’une certaine vision de l’Afrique affuble de ce qualificatif saugrenu.

Y a-t’il moins naïf qu’un artiste, surtout lorsque celui-ci scrute ses contemporains pour en refléter, dans son œuvre, de façon impitoyable, souvent, les charmes et les travers ?

Regard perçant donc, qui repère, jusque dans les détails ce qui fait la douceur et la tendresse d’une femme allaitant son enfant, la préoccupation d’une mère de famille pilant son mil pour le dîner ou d’un jeune mendiant assis pensivement sur un vieux pneu abandonné.

Regard perçant, également, qui scrute l’individu dans ses travers et ses ridicules ; parfois, sinon souvent, sans la moindre charité apparente ; ainsi en va-t-il du père de famille posant théâtralement à côté de son poste radio rutilant !

El Hadj SALL les observe tous, les repère tout de suite, les scanne et les décortique avec une acuité confondante et il les croque avec une semblable apparente aisance et beaucoup d’opportune gourmandise.

Son travail donne un sentiment de vitalité, de vivacité, d’une activité ludique qui s’assume comme telle et n’a pas d’autre prétention.

Le trait est rapide, sinon fulgurant, les couleurs en sont vitaminées, jouant avec tout le spectre de l’arc-en-ciel,  en aplats sans prétention ou en tortils complexes qui attirent l’œil dans une approche que l’on croit aisée.

Mais, de même qu’il n’y a pas de peintres naïfs, il n’y a pas d’art facile et ce qui peut ne sembler qu’une trace vive et colorée sur un simple morceau de papier, résulte bien souvent de combien d’heures de maturation, sans jamais apporter à l’artiste un vrai sentiment de satisfaction, ni d’accomplissement.

C’est d’ailleurs cette insatisfaction permanente qui pousse les artistes à recommencer encore et encore pour atteindre ce chef d’œuvre ultime et parfait, comme un point d’orgue, sinon un point final à leur inspiration et donc à leur création.

C’est le défi permanent des artistes doués que de donner un sentiment de facilité là où l’obtention de cet effet, cet artifice, exige, bien souvent, maîtrise technique et inspiration approfondie !

El Hadj SALL sait nous donner envie de voir ses œuvres et d’en revoir encore d’autres, tant il se joue de nous en semblant jouer avec nous.

Charmeur enjoué, il use de ses croquis jetés çà et là, avec une négligence calculée, pour nous entraîner dans son monde qui se révèle parfois cruel et perturbant, comme avec ses enfants des rues.

Le grand défi sera pour lui de ne pas rester prisonnier de ce style qu’il a su trouver avec une si apparente aisance et que la Galerie Mémoires Africaines a choisi de nous présenter, pour notre plus grand plaisir.

Texte: Sylvain Sankalé (Juriste, Écrivain, Critique d’art et Collectionneur)

Auteur du roman « A la mode du pays » (Ed. Riveneuve, 2008)

Qu’il en soit ici remercié (R.C.)


« Dès son plus jeune âge, El Hadji SALL peint, dessine et se nourrit d’un vrai désir de devenir artiste …. Il grandit dans une maison sénégalaise où les femmes sont les garantes de la vie familiale élargie à la maisonnée. Elles veillent à l’eau, aux repas et au confort de chacun. Est-ce cette vie d’enfant qui nourrit son jardin secret et qui nous montre maintenant ses représentations de femmes dans leur vie quotidienne : nettoyant, cuisant des arachides, s’occupant des enfants …

Un coup de pinceau atypique sur ses aquarelles colorées … »

Texte: Sylvie MARTINEZ, Association Tarn Terang’ART.